En écoutant le vent et les vagues du changement
Cette semaine, une chose remarquable s’est produite concernant mon fils. Jusqu’à maintenant, lorsque nous jouions au jeu vidéo, nous jouions ensemble. Surtout lorsqu’’il s’agissait de jeux vidéo n’ayant que des boîtes de dialogue, sans aucun doublage. C’est de cette façon que nous avons fini Pokémon Legends ZA avec mon fils. On se partageait les manettes, il faisait des combats, se promenait dans la ville une partie du temps, et moi, je m’occupais des moments plus difficiles (tout en faisant avancer secrètement l’histoire seul le soir après l’heure du coucher). Dans tous les cas, c’était moi qui faisais la lecture de tout ce qui s’affichait à l’écran.
L’année dernière, nous avions regardé ensemble les toutes ultimes saisons de la série racontant les aventures de Sacha et Goh. Ensemble, nous avions vu Sacha devenir maître de la ligue Pokémon, moi à 35 ans et lui à cinq ans.
Il y a un peu moins d’un mois, il me demande s’il peut regarder la série Pokémon Horizon. C’est peut-être là qu’il y a eu un véritable déclic pour lui, tant les aventures de Liko lui ont plu. Dimanche dernier, après lui avoir montré tous les jeux Pokémon, que je possédais, il me demandait alors s’il pouvait jouer à Pokémon Horizon. Assurément, pour lui, le jeu allait porter le même nom que celui de la série. Il fut alors un peu déçu d’apprendre que ce jeu n’existait pas. En revanche, il allait tout de même pouvoir explorer la région la région de Paldea puisque la boîte de Pokémon Ecarlate siégeait au niveau de ses yeux dans la bibliothèque.
Depuis, il explore cette région, une demi-heure par-ci, une demi-heure par-là. Il est autorisé à jouer à la Switch un petit peu les mardis soir de temps en temps le mercredi après-midi parce qu’il n’y a pas école et ensuite le week-end. En tout et pour tout, il doit dorénavant avoir cinq ou six heures de jeu. Ces heures, il les a principalement consacrées à l’exploration de la région en capturant des pokémons sans véritablement se soucier des quêtes, des badges, bref, de tout ce qui fait la progression narrative de l’épisode.
Ce mercredi, il m’a appelé tout heureux de me montrer quelque chose de nouveau dans ses aventures, il allait affronter son premier champion d’arène et obtenir son premier badge tout seul. En effet, contrairement à Pokémon Legends ZA, il joue véritablement seul à Pokémon Ecarlate. C’est pourquoi son aventure, je ne la connais finalement que par épisode, sans véritablement savoir ce qu’il fait pendant ce qui est pour moi une ellipse. Jouant seul, il se retrouve donc obligé à lire consciencieusement l’intégralité des boîtes de dialogue pour ne manquer aucune information absolument contournable pour un joueur expérimenté comme moi, mais fondamentalement nouvelle pour lui.
Le voir lire tout seul ce qui se passe à l’écran est plutôt magique pour moi. C’est un peu comme si chaque jour était le point culminant de toutes ces années à m’occuper de lui. Là, il lit. Il n’a pas besoin de moi. C’est assez choquant quand on pense. Sous les yeux, je voyais la « normalité » de mon quotidien se réactualiser : « ah ! En fait, c’est bon, pour ça, il n’a plus besoin de moi. » Le voir explorer le jeu comme un grand a également été un tout autre choc pour moi. Je crois que le plus dur finalement pour lui, et c’est quelque chose que j’avais déjà remarqué lorsque nous jouions à Astrobot, c’est la gestion de la caméra en même temps qu’un déplacement. Et là, je le voyais explorer Paldea sans plus un seul problème.
C’est avec tout cela que je me suis rendu à l’évidence. Dans ma tête de parent millennial, il y a eu une explosion de sentiments : le prochain jeu Pokémon que j’achèterai ne sera pas pour moi, mais il sera pour mon fils. Probablement lors d’un anniversaire ou d’un autre prétexte pour acheter une copie du jeu. Pendant trente années, chaque nouvel épisode a été un cadeau qui m’était destiné : mes parents m’ont offert Pokémon, je me suis acheté Pokémon, bref, j’étais la personne concernée par la série au sein de ma famille. Mais, je ne suis plus seul. Pokémon est autant un sujet de passion pour moi que pour mon fils.
. Pokémon a toujours été présent dans la vie de mon fils, parce que cette licence a toujours été présente dans ma vie depuis maintenant presque 30 ans. Jusqu’à présent, c’était moi qui jouais à ce jeu. Quand ce n’est pas moi, c’est lui qui joue aux aventures que j’ai finalement déjà vécues. Tout va changer avec la sortie prochaine des épisodes Wind et Wave. Pour la première fois de ma vie, ce ne sera pas moi qui lui apprendrai des choses sur Pokémon. Il y a fort à parier que ce sera lui dorénavant qui me racontera ses aventures et qui m’expliquera les nouveautés en premier. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à cette idée sans être submergé émotionnellement. Et pour la première fois, je suivrai en premier les aventures de mon fils, avant d’y jouer. ■
esteban grine, 2026.







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